La confrontation Etats-Unis Chine après Trump : que doit faire l’Europe ?

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Auteur: André Chieng, publication apparue dans La Lettre De La Chine Hors Les Murs n° 38,  le 24 nov. 2020

Que la Chine ait reconnu tardivement la victoire de Joe Biden, par la voix impersonnelle du porte-parole du ministère des Affaires Étrangères, a fait penser que la Chine aurait préféré la victoire de Donald Trump. Cela peut paraître paradoxal vu que Trump lui-même s’était auto-déclaré le pire ennemi de la Chine et qu’il a accusé cette dernière de tout faire pour favoriser la victoire de son rival. En voici l’explication couramment avancée : les deux candidats ont affiché résolument leur opposition à la Chine, mais pour cette dernière, la brutalité de Trump, prompt à se faire des ennemis partout, était préférable à l’empathie de Biden bien plus susceptible de rassembler les alliés de l’Amérique dans une croisade antichinoise.

Et si Trump avait gagné ?

Lors de cette élection, les Chinois sont passés par trois phases.

D’abord, dans la période pré-électorale, ils ont craint que dans son imprévisibilité et son mépris des règles de la politique internationale, Trump ne déclenche une crise grave en voulant se donner une image de force. Qu’auraient-ils fait si par exemple Trump avait décidé de se rendre à Taïwan ? Qu’il n’ait commis aucun acte irréparable de ce type a soulagé les Chinois !

Ensuite, les Chinois auraient sans doute préféré la victoire de Trump, mas pour des raisons peut-être différentes de celles avancées plus haut. En effet, ils pensent qu’une part des attaques antichinoises trumpiennes s’explique par des raisons électoralistes. S’il avait été élu, il aurait modifié sa politique envers la Chine : la conduite de Trump montre que ce dernier n’est pas vraiment un tueur contrairement à ce qu’on pense. Ainsi, avant Huawei, il aurait pu tuer ZTE. Il ne l’a pas fait, se contentant d’une lourde amende et d’un contrôle strict de la gouvernance de ZTE. Tuer les champions chinois de la technologie toucherait les champions américains qui sont leurs fournisseurs. Mieux vaut les maintenir en vie, sous contrôle. L’obligation de demander des licences à l’administration américaine pour vendre aux sociétés hightech chinoises, s’étendant aux groupes étrangers, donne aux États-Unis une liste exhaustive de qui vend quoi à la Chine. Un vaste marchandage était dès lors possible, les États-Unis contrôlant les progrès de la Chine tout en poussant celle-ci à substituer des fournisseurs américains à ceux d’autres pays. Or, cette négociation aurait pu aboutir car pour les Chinois, plus que pour d’autres peuples, tant qu’on n’est pas mort, on peut toujours espérer un retournement de situation. La Longue Marche elle-même n’est-elle pas une défaite des troupes communistes qui fut aussi l’amorce de leur victoire finale de 1949 ?

La victoire de Biden redistribue les cartes. Les Chinois sont donc maintenant dans l’expectative, avec une seule certitude : l’hostilité américaine envers la Chine ne disparaîtra pas tout simplement parce que les Etats-Unis ne tolèrent pas qu’un autre pays puisse les dépasser, que ce soit l’Union Soviétique, le Japon ou la Chine ! Mais Biden présente un avantage : il est bien plus prévisible que Trump !

Stratégie chinoise

Comment les Chinois se sont-ils préparés au résultat de cette élection ?

En 2016, ils avaient été pris par surprise : aucun think-tank chinois n’avait ne serait-ce qu’étudié l’éventualité d’une victoire de Trump. En 2020, ils se devaient d’être prêts à n’importe quelle éventualité.

Pour comprendre leur stratégie, il n’est pas inutile de relire un essai, parmi les plus célèbres écrits par Mao : De la contradiction (1937) Dans ce texte, Mao affirme d’abord l’unité des contraires. Le monde est fait de contradictions, mais il faut savoir distinguer la contradiction principale des autres.

Dans notre cas, la contradiction principale est la rivalité Chine-États-Unis.

Puis dans la contradiction principale, il faut distinguer entre les aspects principaux de la contradiction et les autres. Là, ce sont les faiblesses de la Chine qui sont en jeu. Et elles sont importantes.

D’abord, les foyers de désordre possibles en Chine dont pourraient profiter les États-Unis. Ils sont repérés depuis longtemps et bien connus : le Tibet, le Xinjiang, Hong-Kong et Taïwan. C’est ce qui explique les mesures prises par la Chine envers le Xinjiang et Hong-Kong. La Chine ne pouvait pas tolérer que ces deux endroits deviennent des foyers d’oppositions qui pourraient être actionnés aisément par les États-Unis. Le prix à payer est lourd. La Chine voit sa popularité dans le monde s’effondrer à des niveaux historiquement bas, mais elle considère qu’elle n’a pas le choix : il lui faut traiter l’aspect principal de la contradiction.

Ensuite, il faut faire face à la faiblesse technologique. Au cours de ces dernières semaines, Xi Jinping a multiplié les discours : lors du plénum du Comité Central fin octobre, mais auparavant, à Shenzhen pour célébrer le 40ème anniversaire de la zone économique puis après, à Pudong, pour en célébrer le 30ème anniversaire. De nombreux messages ont été diffusés : sur la nouvelle politique économique, appelée circulation duale, sur l’objectif d’aisance modeste, sur l’éradication de la pauvreté, sur la préservation de la culture chinoise, … Mais un thème est omniprésent : l’innovation.

L’innovation est devenue une clef de voûte de la stratégie chinoise car elle se situe au croisement de deux impératifs absolus :

– Un géostratégique : assurer autant que possible l’autonomie technologique de la Chine

– Un économique : comme l’ont répété la Banque Mondiale et le DRC (Development and Research Center), la Chine fait face aujourd’hui au piège du revenu moyen dans lequel sont tombés tant de pays émergents pourtant bien partis ! Et les quelques pays ayant échappé à ce piège, notamment les dragons asiatiques, l’ont fait en améliorant sans cesse la productivité totale des facteurs … Grâce à l’innovation.

Une chance pour l’Europe

D’aucuns s’inquiètent : la Chine ne serait-elle pas en train d’évincer les sociétés étrangères du marché chinois ? L’objectif d’autonomie, ouvertement recherché, n’en est-il pas le signe le plus visible ? La circulation duale, mettant au premier plan un cycle économique autocentré, n’en est-elle pas une illustration de plus ?

A cette inquiétude, Xi Jinping a tenu à répondre lui-même : la politique d’ouverture de la Chine sera poursuivie ; dans le concept de circulation duale, certes la circulation primaire sera domestique mais la dualité, impliquant l’extérieur et inscrite dans l’intitulé de cette politique, sera maintenue, …

Mais peut-on faire confiance en ce qu’il dit ? Ne cherche-t-il pas à apaiser l’étranger en émettant des promesses qu’il ne tiendra pas ? C’est ce que les États-Unis répètent à l’envi, mais il ne faut pas se tromper : ce combat mené par les États-Unis pour conserver la suprématie mondiale n’est pas celui de l’Europe dont l’intérêt est d’être capable de choisir à chaque moment ce qui lui convient le mieux.

L’obsession de la Chine pour l’innovation constitue la meilleure chance pour l’Europe. On a beaucoup accusé la Chine d’avoir assis son spectaculaire développement sur les transferts de technologie forcés, voire sur leur vol. C’est exagérer la naïveté des sociétés occidentales qui en auraient été victimes : les transferts de technologie étrangère ont réellement aidé la Chine à rattraper son retard, mais dans leur écrasante majorité, il ne s’agissait pas des technologies les plus nouvelles ! Regardons maintenant quelques chiffres : la Chine investit en R&D l’équivalent de 2,2% de son PIB en 2019, ce qui est tout à fait honorable. Mais la plus grande partie se dirige vers le développement bien plus que vers la recherche. La proportion consacrée à la recherche n’est que de 5 à 6% du total, contre 18% aux États-Unis et 25% en France ! (Chiffres chinois). A cela se rajoute une autre constatation : les grandes sociétés d’État chinoises sont puissantes, mais peu innovantes. L’innovation est le fait de sociétés privées et de sociétés étrangères. Plus que d’investissements encore, l’innovation nécessite de penser différemment. Les dirigeants chinois le savent et c’est favorable à l’Europe.

La confrontation technologique États-Unis Chine perdurera. Tout le monde en est convaincu. Le gouvernement américain se donne le droit d’empêcher toute coopération technologique avec la Chine au point de bannir les étudiants chinois des universités américaines. La Chine a besoin d’autres partenaires et l’Europe est le candidat idéal. La complémentarité entre les deux est évidente : l’Europe a besoin du marché chinois et la Chine a besoin de la coopération technologique avec l’Europe. Cela ne signifie pas un alignement des positions de l’Europe avec la Chine. Le RCEP signé le 15 novembre dernier entre 15 pays d’Asie et d’Océanie, comprenant des pays aux idéologies et intérêts contradictoires comme la Chine, le Japon et l’Australie ouvre une voie nouvelle vers un monde où le en même temps Macronien rencontre l’unité des contraires de Mao.

 

Débats – Quand la Chine vieillira, le monde tremblera

Ce début octobre sur Le Point, l’économiste Patrick Artus a publié un article sur le problème du vieillissement de la population chinoise avec comme titre provocateur « Quand la Chine vieillira, le Monde tremblera ». lire l’article de Patrick Artus

Mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec son analyse dans cet article trop simpliste.

Certes le vieillissement de la population en Chine est un vrai problème

les Chinois préoccupés disent que leur pays, avant de devenir riche, est déjà vieux. L’impact est très important, tant sur le plan économique (diminution de la force de travail et de contribuables), que sur le plan sociétal (réforme du secteur santé, plan retraite etc).

Or, selon moi, si la croissance de la Chine sera moindre dans les années à venir, la diminution de la population en âge de travailler ne pèsera pas autant que l’économiste français en a conclu. Si on compare le PIB par habitant, la Chine en 2019 était de 10261$, soit 1/4 du Japon (le pays le plus vieux du monde). Si la Chine poursuit son développement rien que pour atteindre le niveau de la Hongrie (16K$) ou de la Grèce (19K$), cela fera un PIB total de plus de 25 000 Milliards, soit +78% (= +6% sur 10 ans environs).

(source: https://www.courrierinternational.com/grand-format/infographie-chine-vers-une-crise-demographique)

Mais l’économie chinoise ne va pas s’éffondre en 2020-30 à cause de la démographie

Nous pouvons constater que, au moins pendant les 10-15 ans à venir, la croissance chinoise ne sera pas réduite à 2.5% à cause du vieillissement. Le vrai défi à court terme pour la Chine, c’est plutôt la “panne” actuelle de la mondialisation — qui a pour cause d’une part la politique du “découplage” américain et d’autre part la crise sanitaire mondiale de coronavirus.

Dans l’article, le point sur l’épargne est encore moins plausible pour moi. La Chine a justement besoins que les Chinois déspargnent d’avantage pour pousser sa consommation interne. La population mature (environ 22% de > 54 ans)voir sources statistiques dispose plus de moyens pour dépenser à court terme (voyages, loisirs), ce qui constitue un bon stimulus pour les 10 ans à venir. Plus tard par contre, vers 2045-2050, ce sera plus problématique…

L’interculturel: Soft Skill clé recherché par les jeunes cadres

Savoir s’adapter et être ouvert :  compétences clés recherchées par les jeunes cadres d’aujourd’hui

L’IFOP (Institut français d’opinion publique) a dévoilé récemment une étude sur la perception par les cadres des «soft skills»compétences professionnelles humaines et comportementales qui sont à l’opposé des «hard skills» — compétences techniques spécifiques à chaque métier.

Parmi plus de mille cadres interviewés, 84% considèrent que savoir s’adapter et être ouvert est la « soft skill » la plus valorisée et encouragée dans l’entreprise. Selon l’IFOP, l’étude met en lumière l’apparition d’une nouvelle génération de cadres, plus sensible à des enjeux allant au-delà de la recherche de compétitivité. Les jeunes cadres d’aujourd’hui tendent à privilégier davantage le sens donné à leur travail ainsi qu’à leur capacité d’adaptation.

A l’heure de la mondialisation et de la modernité

Savoir d’adapter et être ouvert sont des compétences indispensables.

Les sociétés contemporaines où nous nous trouvons sont multiculturelles. Des nations se construisent sur les métissages de population et la cohabitation. Des entreprises se répandent aux marchés internationaux, s’adaptant aux besoins et aux attentes des consommateurs étrangers. Au travail, il n’est plus possible de rencontrer seulement des groupes complètement homogènes, sans échanges ni liens avec d’autres cultures.

Si l’interculturalité n’est plus un phénomène nouveau, sa prise de conscience et sa pratique au sein des entreprises restent toujours à désirer. Pour cause, la confusion entre le multiculturalisme et l’interculturel.

Le multiculturalisme implique l’existence d’une simple mosaïque de cultures qui coexistent. Il est dépourvu de rencontres et de partages entre les différentes cultures. L’interculturel, au contraire, c’est dépasser la simple comparaison ou l’identification à d’autres groupes culturels. Il s’agit de bâtir des passerelles entre les cultures dans le but d’un échange et d’un enrichissement mutuels.

Formation interculturelle ‡ Connaissances des différences culturelles

D’abord, comme toute compétence, le développement de la capacité d’adaptation culturelle peut être accompagné. La formation interculturelle se réalise aussi bien en cursus scolaire que durant une carrière professionnelle.

Cependant, une formation interculturelle devrait être plus qu’une simple cartographie des différences culturelles.

Certes, connaître différentes pratiques et codes selon les pays est important. Mais cela ne peut être suffisant. Des millions de gens travaillent dans des environnements internationaux. Ils n’en continuent pas moins de regarder et juger le monde à travers le prisme de leurs propres références culturelles. Le but d’une formation interculturelle, c’est donc aider les gens à pouvoir dépasser la simple connaissance et à s’approprier une nouvelle approche d’ouverture.

Nos cultures influencent nos perceptions (comment nous voyons les choses), nos cognitions (comment nous pensons les choses) et nos actions (comment nous faisons les choses).  Une formation interculturelle doit faire le lien entre ces éléments, relayant les connaissances « techniques » et leurs mises en pratique « opérationnelles ».

Com Chine espère pouvoir démontrer, à travers ses programmes de formation, un nouveau mode de perception, d’interprétation et d’action  … à la sagesse chinoise.

Hongkong: the malaise behind the revolt

By Xin Z.

The mass protests in Hong Kong have lasted for over 100 days. Last weekend the tension has reached another peak when thousands of demonstrators clashed with the police. Protestors launched petrol bombs while the police fired water cannon and tear gas.

The long-lasting protests were ignited by a controversial Extradition Bill pushed through by local authorities earlier this year, which would have allowed individuals in Hong Kong to be sent to mainland China for trial. Stating in June, the tension has been escalating on the island. The scale of the chaos is unprecedented, and the violence becomes increasingly fierce. The Hong Kong chief executive Carrie Lam has suspended the bill in July and then formally withdrawn it in September, but this effort seems too little and too late to stop the unrest.

The outrage in Hongkong was initially triggered by the concern of losing political rights, since the Extradition Bill is believed to damage Hong Kong’s judicial independence, which is a key component of the island’s current semi-autonomous status. Over the past months, however, the protests have evolved from the demonstrations against a bill to a broader movement, which is rooted in deeper socio-economic issues.

Division of local citizens

We see in this movement a division of local citizens: liberals demanding more autonomy versus conservatives opposing chaos; unhappy youth who are struggling with sky-high housing costs versus older elites who have benefitted from it. Hong Kong’s wealth gap keeps enlarging while its economic growth lags way behind mainland China. The latter used to regard Hong Kong as its main channel to the international market, but with its own economy rising, Hong Kong’s economic importance is declining, mainland cities such as Shanghai are now competing with Hong Kong. There has been growing discontent with mainland China. The recent US-China rivalry has also aggravated the problem.

As China’s National Day (1st October) approaches, it becomes compelling for Beijing to see the end of the protests, but its options are limited. On the one hand, the government is unlikely to make further concessions that satisfy the protestors’ demands; on the other hand, extreme crackdown measures will be terrible for both sides, since they will not only cost Hongkong’s status of the global financial hub but also smash China’s international image. For the moment there seems to be no quick fix to the deadlock, and the further development in Hong Kong is full of uncertainty.

HuaWei dans la tourmente

Cette image en noir et blanc circule ces derniers jours sur les réseaux sociaux chinois. Il s’agit d’un communiqué de presse du groupe japonais Panasonic, plublié le 23 mai, qui dément sa rupture d’échanges avec HuaWei.

Ce dernier, géant de télécommunication chinois, piégé par la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, se trouve dans le tourbillon des attaques américaines depuis le 1er décembre 2018, date à laquelle Meng WanZhou, CFO de Huawei et fille de son fondateur Ren ZhenFei, a été arrêtée au Canada à la demande de la justice américaine.

« Le groupe Panasonic continue à approvisionner Huawei normalement. La dite “rupture d’échanges” racontée par certains médias grand public est fausse», disait l’annonce de Panasonic.  « Huawei est un partenaire important de Panasonic. En respectant scrupuleusement les lois et réglementations en vigueur dans les pays et les régions où se trouve le groupe Panasonic, nous continuerons à vendre des biens et des services à des clients chinois tels que Huawei. Le groupe Panasonic contribuera au développement de la Chine, en lui “apportant des briques et des tuiles”pour son développement. »

Plus qu’un simple communiqué de presse, ce message était une démonstration de solidarité et de soutien, dont HuaWei a cruellement besoin, lui qui a vu beaucoup de ses fournisseurs lui tourner le dos …

Les entreprises en première ligne des nouveaux enjeux géopolitiques du monde

Ces histoires d’alliances et d’attaques nous rappellent curieusement l’époque des Royaumes Combattants de la Chine antique (Zhan Guo, du V au III siècle av. J.-C.), sauf que maintenant, ce ne sont plus des royaumes qui sont en première ligne de la confrontation, mais les entreprises. Ces entreprises mastodontes, employant des centaines de milliers de personnes à travers de monde, détenant des technologies de pointe, avec un CA dépassant plusieurs dizaines voire centaines de milliards de dollars… représentent un enjeu économique si important, que leurs destins est maintenant liés à ceux des pays, grands comme la Chine ou les États-Unis.

Mais pourquoi le gouvernement de Trump veut à tout prix la mort de HuaWei? Voici quelques explications fournies par Nicolas Barré, directeur de rédaction du journal Les Échos.

Andy Purdy, CSO (Chief Security Officer) de HuaWei USA, a quand à lui expliqué les points de vue de son groupe aux téléspectateurs américains.

China “PIG” Index 2019

La Chine est de loin le plus important producteur et consommateur de porc au monde. La production porcine chinoise a enregistré une hausse de plus de 33% depuis 2001, passant de 40 Mt à 54 Mt en 2018, avec un pic de 56,7Mt en 2014. Cette production est dominée par des exploitations familiales de petite taille, localisées principalement dans le Sud-Est du pays. Cette atomisation de la production est à l’origine du coût de revient du porc élevé en Chine, comparé aux prix européen et américain.

Le porc est consommé traditionnellement en Chine. Dans les années 80, il représentait plus de 80% des volumes de viande consommés, mais avec seulement 10kg par personne par an. En 2013, ce chiffre a atteint 40kg par personne par an, soit un niveau équivalent des pays européens.

Le porc occupe aujourd’hui encore plus de 60% des volumes de viande en Chine, son prix à lui seul pèse environ 3 % dans l’indice global des prix, soit 10 fois supérieur à celui de la France et des États-Unis! D’où le surnom en chinois du CPI (Consumer Price Index) comme « China Pig Index ». Il va de soi que l’approvisionnement de la viande du porc est une grande préoccupation des autorités chinoises. Le gouvernement pousse la filière porcine à se restructurer ces dernières années : en modernisant et agrandissant les élevages, la Chine souhaite devenir autosuffisante en porc tout en maitrisant le coût de revient et en limitant la pollution.

Néanmoins, il ne faut pas oublier que, en Chine tout comme en Europe, on constate une nouvelle tendance de consommation porcine en baisse. Les spécialistes pensent que cette tendance est liée à un plus grand choix de ressources protéines alimentaires, au changement de style de la vie, ainsi qu’au vieillissement de la population.

Pour conclure, la demande de consommation porcine en Chine est relativement stable, de l’ordre d’environ 55 Mt par an. Quant à la production, soumise au cycle porcin, à la refonte du secteur et aux éventuelles menaces des épidémies, elle est fluctueuse. L’écart creusé entre les deux est donc à l’origine de la multiplication des importations. En dehors des abats, qui constituent une part très importante des approvisionnements, les importations de la viande de porc en Chine sont de l’ordre de 1,2 Mt en 2017 et en 2018 (1,6 Mt en 2016), dont 65% en provenance de l’Union Européen.

Depuis l’éclatement de la fièvre porcine africaine en août 2018 en Chine, une importante chute en termes de production de la viande de porc est prévue. Il est fort possible que les Chinois achèteront encore plus de porc en Europe cette année !

Chine: Village 2.0 — un reportage intéressant sur le développement du E-commerce en Chine rurale

Un reportage intéressant sur ARTE que j’ai partagé avec mes élèves de l’école du commerce. On parlait en classe du marché de E-commerce en Chine, qui a atteint 800 milliards d’euros en 2017!

Les 2 histoires racontées dans le film illustrent bien cet incroyable phénomène, qui touche aujourd’hui non seulement les grandes villes, mais aussi la Chine rurale profonde.

Su Junpin est un jeune entrepreneur issue d’une modeste famille de la campagne du Yunnan. Il a fait fortune en commercialisant en ligne des théières en argent, fabriquées par des artisans de son village, vendues en Chine, en Corée et même en Europe. Ainsi il a refait vivre l’art traditionnel local, et employant plus de 300 villageois pour son entreprise.

Comme lui, Lu Zhenhong de la province de Zhejiang a fondé son empire en ligne en vendant du matériel de camping. Des milliers d’emplois ont été créés dans cette région grâce à son entreprise, dont le modèle s’est décliné dans toute la province.

L’essor du E-commerce est très étroitement lié avec l’encouragement du gouvernement chinois. En effet, la Chine voit cette nouvelle forme de commerce comme un des leviers principaux pour développer l’économie des régions rurale, dont le niveau de vie souffre encore de l’inégalité par rapport aux grandes villes. 

Selon le reportage, “la révolution 2.0 a d’ores et déjà permis à des millions de paysans chinois de troquer la bêche pour le Net!”

Le nouveau site internet de Com Chine

Ça y est, c’est chose faite! À l’occasion de la nouvelle année du Cochon (6 février) , signe de prospérité selon la tradition chinoise, Com Chine lance son nouveau site internet ! Plus design, plus moderne, notre site est désormais dédié entièrement à la formation.

Grâce à l’encouragement et au soutien de nos clients, nous avons décidé de prendre ce virage, en faisant le partage des savoirs notre cœur de métier.

Dans le monde d’aujourd’hui en pleine mutation, la Chine est en passe de devenir la première puissance économique. Elle bouscule les codes établis jusque là par le monde occidental, en imposant une “nouvelle” façon de voir et de faire des choses, venant pourtant d’une tradition millénaire. C’est justement la rencontre de ces deux mondes, ainsi que la confluence de ces deux cultures qui nous fascinent.

Nous avons pris de soins de muter notre ancien blog vers ce nouveau site, pour continuer à partager nos réflexions et à échanger avec vous.

Leçon d’arrogance

— D&G, accusé de racisme, a dû annuler son «Great Show» en Chine au dernier moment ce qui a coûté plusieurs millions d’euros à la marque de luxe.

Dolce & Gabbana sont présents en Chine depuis 2006, date de l’ouverture de leur première boutique à Hangzhou. Une cinquantaine d’autres magasins ont ensuite vu le jour sur le territoire chinois, en comptabilisant Hong Kong.

La marque de luxe italienne a prévu son «Great Show» à Shanghai pour plus de 300 vêtements, avec 1400 VIP invités et un budget colossal de plusieurs millions d’euros.

Seulement il y a quelques jours, tout a basculé … à commencer par une publicité maladroite de la marque dans laquelle une Chinoise se battait avec des baguettes pour manger une pizza italienne. «It is still way too big for you, isn’t it?», disait le voiceover.

Ayant trouvé le film de mauvais goût, une top model américaine d’origine asiatique Michaela Phuong Thanh a écrit à Stefano Gabbana via Instagram. Irrité, le créateur italien s’est lâché sur la Chine, qualifiée de «pays de merde» rempli d’«ignorant dirty smelling mafia». Cette conversation a été de suite rendu publique par Michaela sur le net. Là, c’était la catastrophe, juste la veille du «Great Show».

Les stars chinois invités au défilé ont tous boycotté le show. Sur WeWhat et les autres médias sociaux chinois, l’affaire devient vite virale. En quelques heures, plus d’un million de commentaires se sont rués vers le site officiel de Dolce Gabbana. Le show a dû être annulé au dernier moment. La marque va maintenant devoir faire face aux conséquences économiques de la polémique.

Crise de Dolce & Gabbana en Chine

Les États-Unis et la Chine échapperont-ils au piège de Thucydide ?

La guerre commerciale sino – américaine bénéficiera-t-elle la France?

Au printemps 2017, un livre paru aux États-Unis a fait beaucoup d’échos, et a particulièrement attiré l’attention de la Maison-Blanche. «Les États-Unis et la Chine échapperont-ils au piège de Thucydide», telle était l’interrogation posée par Graham Allison, éminent professeur de Harvard, en observant la montée en puissance de la Chine et les inquiétudes et méfiances vis-à-vis à ce nouvel adversaire par son pays.

L’expression fait référence à l’historien grec du IV siècle avant J.C. « C’est la montée en puissance d’Athènes et la peur qu’elle instilla à Sparte qui rendit la guerre inévitable », écrit Thucydide dans « La guerre du Péloponnèse ».

Dans son livre, Graham Allison explique, au regard de l’histoire, que lorsqu’une puissance émergente est venue contester une puissance établie, cette dernière lui a souvent fait la guerre sous la contrainte de la peur. Pour l’intellectuel américain, l’histoire regorge d’exemples en ce sens. Depuis la Renaissance, le piège de Thucydide s’est ainsi refermé à douze reprises, comme lors de la rivalité anglo-allemande au tournant du XXe siècle ou celle entre les rois de France ou des rois de France et Habsbourg au XVIe siècle. Seuls quatre passages d’une puissance à une autre ont échappé à un conflit armé.

Face à un Trump imprévisible qui veut «l’Américanisation» plutôt que la mondialisation, une guerre semble hélas inévitable …