Débats – Quand la Chine vieillira, le monde tremblera

Ce début octobre sur Le Point, l’économiste Patrick Artus a publié un article sur le problème du vieillissement de la population chinoise avec comme titre provocateur « Quand la Chine vieillira, le Monde tremblera ». lire l’article de Patrick Artus

Mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec son analyse dans cet article trop simpliste.

Certes le vieillissement de la population en Chine est un vrai problème

les Chinois préoccupés disent que leur pays, avant de devenir riche, est déjà vieux. L’impact est très important, tant sur le plan économique (diminution de la force de travail et de contribuables), que sur le plan sociétal (réforme du secteur santé, plan retraite etc).

Or, selon moi, si la croissance de la Chine sera moindre dans les années à venir, la diminution de la population en âge de travailler ne pèsera pas autant que l’économiste français en a conclu. Si on compare le PIB par habitant, la Chine en 2019 était de 10261$, soit 1/4 du Japon (le pays le plus vieux du monde). Si la Chine poursuit son développement rien que pour atteindre le niveau de la Hongrie (16K$) ou de la Grèce (19K$), cela fera un PIB total de plus de 25 000 Milliards, soit +78% (= +6% sur 10 ans environs).

(source: https://www.courrierinternational.com/grand-format/infographie-chine-vers-une-crise-demographique)

Mais l’économie chinoise ne va pas s’éffondre en 2020-30 à cause de la démographie

Nous pouvons constater que, au moins pendant les 10-15 ans à venir, la croissance chinoise ne sera pas réduite à 2.5% à cause du vieillissement. Le vrai défi à court terme pour la Chine, c’est plutôt la “panne” actuelle de la mondialisation — qui a pour cause d’une part la politique du “découplage” américain et d’autre part la crise sanitaire mondiale de coronavirus.

Dans l’article, le point sur l’épargne est encore moins plausible pour moi. La Chine a justement besoins que les Chinois déspargnent d’avantage pour pousser sa consommation interne. La population mature (environ 22% de > 54 ans)voir sources statistiques dispose plus de moyens pour dépenser à court terme (voyages, loisirs), ce qui constitue un bon stimulus pour les 10 ans à venir. Plus tard par contre, vers 2045-2050, ce sera plus problématique…

Hongkong: the malaise behind the revolt

By Xin Z.

The mass protests in Hong Kong have lasted for over 100 days. Last weekend the tension has reached another peak when thousands of demonstrators clashed with the police. Protestors launched petrol bombs while the police fired water cannon and tear gas.

The long-lasting protests were ignited by a controversial Extradition Bill pushed through by local authorities earlier this year, which would have allowed individuals in Hong Kong to be sent to mainland China for trial. Stating in June, the tension has been escalating on the island. The scale of the chaos is unprecedented, and the violence becomes increasingly fierce. The Hong Kong chief executive Carrie Lam has suspended the bill in July and then formally withdrawn it in September, but this effort seems too little and too late to stop the unrest.

The outrage in Hongkong was initially triggered by the concern of losing political rights, since the Extradition Bill is believed to damage Hong Kong’s judicial independence, which is a key component of the island’s current semi-autonomous status. Over the past months, however, the protests have evolved from the demonstrations against a bill to a broader movement, which is rooted in deeper socio-economic issues.

Division of local citizens

We see in this movement a division of local citizens: liberals demanding more autonomy versus conservatives opposing chaos; unhappy youth who are struggling with sky-high housing costs versus older elites who have benefitted from it. Hong Kong’s wealth gap keeps enlarging while its economic growth lags way behind mainland China. The latter used to regard Hong Kong as its main channel to the international market, but with its own economy rising, Hong Kong’s economic importance is declining, mainland cities such as Shanghai are now competing with Hong Kong. There has been growing discontent with mainland China. The recent US-China rivalry has also aggravated the problem.

As China’s National Day (1st October) approaches, it becomes compelling for Beijing to see the end of the protests, but its options are limited. On the one hand, the government is unlikely to make further concessions that satisfy the protestors’ demands; on the other hand, extreme crackdown measures will be terrible for both sides, since they will not only cost Hongkong’s status of the global financial hub but also smash China’s international image. For the moment there seems to be no quick fix to the deadlock, and the further development in Hong Kong is full of uncertainty.

HuaWei dans la tourmente

Cette image en noir et blanc circule ces derniers jours sur les réseaux sociaux chinois. Il s’agit d’un communiqué de presse du groupe japonais Panasonic, plublié le 23 mai, qui dément sa rupture d’échanges avec HuaWei.

Ce dernier, géant de télécommunication chinois, piégé par la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, se trouve dans le tourbillon des attaques américaines depuis le 1er décembre 2018, date à laquelle Meng WanZhou, CFO de Huawei et fille de son fondateur Ren ZhenFei, a été arrêtée au Canada à la demande de la justice américaine.

« Le groupe Panasonic continue à approvisionner Huawei normalement. La dite “rupture d’échanges” racontée par certains médias grand public est fausse», disait l’annonce de Panasonic.  « Huawei est un partenaire important de Panasonic. En respectant scrupuleusement les lois et réglementations en vigueur dans les pays et les régions où se trouve le groupe Panasonic, nous continuerons à vendre des biens et des services à des clients chinois tels que Huawei. Le groupe Panasonic contribuera au développement de la Chine, en lui “apportant des briques et des tuiles”pour son développement. »

Plus qu’un simple communiqué de presse, ce message était une démonstration de solidarité et de soutien, dont HuaWei a cruellement besoin, lui qui a vu beaucoup de ses fournisseurs lui tourner le dos …

Les entreprises en première ligne des nouveaux enjeux géopolitiques du monde

Ces histoires d’alliances et d’attaques nous rappellent curieusement l’époque des Royaumes Combattants de la Chine antique (Zhan Guo, du V au III siècle av. J.-C.), sauf que maintenant, ce ne sont plus des royaumes qui sont en première ligne de la confrontation, mais les entreprises. Ces entreprises mastodontes, employant des centaines de milliers de personnes à travers de monde, détenant des technologies de pointe, avec un CA dépassant plusieurs dizaines voire centaines de milliards de dollars… représentent un enjeu économique si important, que leurs destins est maintenant liés à ceux des pays, grands comme la Chine ou les États-Unis.

Mais pourquoi le gouvernement de Trump veut à tout prix la mort de HuaWei? Voici quelques explications fournies par Nicolas Barré, directeur de rédaction du journal Les Échos.

Andy Purdy, CSO (Chief Security Officer) de HuaWei USA, a quand à lui expliqué les points de vue de son groupe aux téléspectateurs américains.

China “PIG” Index 2019

La Chine est de loin le plus important producteur et consommateur de porc au monde. La production porcine chinoise a enregistré une hausse de plus de 33% depuis 2001, passant de 40 Mt à 54 Mt en 2018, avec un pic de 56,7Mt en 2014. Cette production est dominée par des exploitations familiales de petite taille, localisées principalement dans le Sud-Est du pays. Cette atomisation de la production est à l’origine du coût de revient du porc élevé en Chine, comparé aux prix européen et américain.

Le porc est consommé traditionnellement en Chine. Dans les années 80, il représentait plus de 80% des volumes de viande consommés, mais avec seulement 10kg par personne par an. En 2013, ce chiffre a atteint 40kg par personne par an, soit un niveau équivalent des pays européens.

Le porc occupe aujourd’hui encore plus de 60% des volumes de viande en Chine, son prix à lui seul pèse environ 3 % dans l’indice global des prix, soit 10 fois supérieur à celui de la France et des États-Unis! D’où le surnom en chinois du CPI (Consumer Price Index) comme « China Pig Index ». Il va de soi que l’approvisionnement de la viande du porc est une grande préoccupation des autorités chinoises. Le gouvernement pousse la filière porcine à se restructurer ces dernières années : en modernisant et agrandissant les élevages, la Chine souhaite devenir autosuffisante en porc tout en maitrisant le coût de revient et en limitant la pollution.

Néanmoins, il ne faut pas oublier que, en Chine tout comme en Europe, on constate une nouvelle tendance de consommation porcine en baisse. Les spécialistes pensent que cette tendance est liée à un plus grand choix de ressources protéines alimentaires, au changement de style de la vie, ainsi qu’au vieillissement de la population.

Pour conclure, la demande de consommation porcine en Chine est relativement stable, de l’ordre d’environ 55 Mt par an. Quant à la production, soumise au cycle porcin, à la refonte du secteur et aux éventuelles menaces des épidémies, elle est fluctueuse. L’écart creusé entre les deux est donc à l’origine de la multiplication des importations. En dehors des abats, qui constituent une part très importante des approvisionnements, les importations de la viande de porc en Chine sont de l’ordre de 1,2 Mt en 2017 et en 2018 (1,6 Mt en 2016), dont 65% en provenance de l’Union Européen.

Depuis l’éclatement de la fièvre porcine africaine en août 2018 en Chine, une importante chute en termes de production de la viande de porc est prévue. Il est fort possible que les Chinois achèteront encore plus de porc en Europe cette année !

Chine: Village 2.0 — un reportage intéressant sur le développement du E-commerce en Chine rurale

Un reportage intéressant sur ARTE que j’ai partagé avec mes élèves de l’école du commerce. On parlait en classe du marché de E-commerce en Chine, qui a atteint 800 milliards d’euros en 2017!

Les 2 histoires racontées dans le film illustrent bien cet incroyable phénomène, qui touche aujourd’hui non seulement les grandes villes, mais aussi la Chine rurale profonde.

Su Junpin est un jeune entrepreneur issue d’une modeste famille de la campagne du Yunnan. Il a fait fortune en commercialisant en ligne des théières en argent, fabriquées par des artisans de son village, vendues en Chine, en Corée et même en Europe. Ainsi il a refait vivre l’art traditionnel local, et employant plus de 300 villageois pour son entreprise.

Comme lui, Lu Zhenhong de la province de Zhejiang a fondé son empire en ligne en vendant du matériel de camping. Des milliers d’emplois ont été créés dans cette région grâce à son entreprise, dont le modèle s’est décliné dans toute la province.

L’essor du E-commerce est très étroitement lié avec l’encouragement du gouvernement chinois. En effet, la Chine voit cette nouvelle forme de commerce comme un des leviers principaux pour développer l’économie des régions rurale, dont le niveau de vie souffre encore de l’inégalité par rapport aux grandes villes. 

Selon le reportage, “la révolution 2.0 a d’ores et déjà permis à des millions de paysans chinois de troquer la bêche pour le Net!”

La lenteur réclamée par les Chinois

Caligraphie de Hélène Ho

慢(se prononce comme «me-un»): la lenteur. Tel est le mot choisi par les internautes chinois en souvenir de l’année 2012.

Un cri d’alerte, par ce constat de contraste : au moment où le monde entier admire l’émergence de la Chine et la rapidité de sa croissance, l’opinion publique chinoise remet la vitesse en question.

En effet, la vitesse n’est pas toujours synonyme de richesse ni de bien-être.

En juillet 2011, un accident de signalisation du TGV chinois mis en route depuis seulement trois mois fait quarante morts et de nombreux blessés ;

en juillet 2012, une pluie, si forte soit-elle, submerge tout Pékin en causant quarante morts ;

et en 2013, depuis plusieurs semaines, les Pékinois et d’autres habitants des grandes villes du nord du pays subissent le pire des pollutions connues de cette région;

on comprend ce cri d’alerte des Chinois.

Jusqu’où faut-il accepter les sacrifices d’une croissance à toute vitesse?

En réclamant la générosité de la lenteur, l’opinion chinoise ne met pas seulement en cause la quête aveugle de la vitesse, mais aussi un modèle de société qui, à ses yeux, ignore et les hommes et leur environnement.